Quand on parle de pêche du silure, je pense assez naturellement aux gros leurres, aux vers, aux montages à la bouée ou aux pêches verticales depuis un bateau. Le pellet arrive rarement dans les premières techniques que l’on évoque.
Et pourtant, les carpistes savent très bien ce qu’il peut provoquer.
Combien de fois un pêcheur de carpes a-t-il vu une canne partir avant de comprendre, quelques secondes plus tard, qu’il ne tenait absolument pas une carpe ? Les silures viennent régulièrement profiter des zones copieusement amorcées en bouillettes ou en pellets.
L’idée de cette pêche est finalement assez simple : au lieu de subir ces silures, on va volontairement créer une zone alimentaire pour les faire venir.
À l’origine, le pellet est avant tout un aliment destiné à l’élevage des poissons. Il contient généralement différentes farines végétales et animales, des huiles et d’autres ingrédients nutritifs qui sont ensuite compressés sous forme de petits cylindres.
Pour le silure, ce sont principalement les pellets riches en farines et huiles de poisson qui m’intéressent. Ils diffusent énormément dans l’eau et possèdent un profil alimentaire parfaitement cohérent avec un poisson aussi opportuniste. La température de l’eau joue beaucoup sur leur comportement. Dans une eau chaude, les pellets ramollissent et travaillent beaucoup plus rapidement. Selon leur composition, leur diamètre, le courant et l’activité des poissons blancs ou des écrevisses, ils peuvent se dégrader en seulement quelques heures.
Si je devais partir sur un amorçage assez classique, je ne mettrais surtout pas uniquement des pellets de 25 mm.
J’aime l’idée d’associer des gros pellets autour de 20 à 25 mm avec des diamètres plus petits, par exemple entre 8 et 15 mm. Les gros créent de vraies bouchées, tandis que les petits se répartissent beaucoup mieux sur le fond.
Cette différence de taille a aussi un autre intérêt. Un gros silure peut aspirer quelques pellets de 25 mm très rapidement. Avec des dizaines de petits pellets dispersés autour du montage, il va devoir rester davantage sur la zone et chercher sa nourriture.
Pour une pêche rapide, une amorce carnée composée de farines de poisson, de pellets broyés et de quelques éléments solubles peut également permettre de marquer rapidement le poste.

C’est probablement le point qui différencie le plus cette technique d’une pêche classique au posé. Lorsque je peux préparer mon coup à l’avance, je préfère amorcer le secteur avant la session. Une distribution la veille peut déjà apporter quelque chose, mais deux ou trois passages espacés dans le temps permettent davantage d’habituer les poissons à venir manger sur la zone.
L’objectif n’est pas forcément de créer une énorme réserve d’appâts. Je cherche surtout à transformer un passage de silures en véritable zone alimentaire.
Sur certains secteurs très peu pêchés et où les silures sont déjà présents en permanence, on peut évidemment s’en passer. Mais lorsque les poissons ne font que circuler ou qu’ils connaissent bien la pression de pêche, le conditionnement devient beaucoup plus intéressant.
On pourrait penser qu’il suffit de trouver le point le plus profond et d’y déposer ses pellets.
Je regarderais plutôt les accès à la fosse.
Une cassure, le bord du chenal, un ancien lit de rivière ou une bordure où la profondeur tombe rapidement sont souvent plus intéressants. Ces zones fonctionnent comme des chemins que les poissons peuvent suivre lorsqu’ils se déplacent.
Les obstacles sont également à surveiller. Un gros arbre couché dans l’eau, une bordure très marquée ou une zone calme à proximité immédiate du courant peuvent retenir des silures.

Une fois sur place, je ne cherche plus forcément à couvrir une grande surface. Je préfère mettre mes montages sur une zone relativement réduite, puis amorcer directement autour. Quelques poignées de petits pellets peuvent commencer à créer une activité, puis les plus gros pellets sont déposés au plus près de l’esche.
Sur une pêche courte, j’aime beaucoup l’idée des boules de farine carnée et de pellets broyés. Elles descendent rapidement et commencent ensuite à se déliter en diffusant beaucoup de particules et d’odeurs. Le but n’est pas de nourrir pendant douze heures. On cherche davantage à faire comprendre rapidement aux silures qu’il se passe quelque chose sur le fond.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer avec un poisson aussi imposant, les touches peuvent être étonnamment discrètes. Quelques tirées, un scion qui bouge légèrement ou un montage manipulé sans véritable départ doivent inciter à rester attentif.
Une tresse résistante en corps de ligne, éventuellement accompagnée d’une tête de ligne en monofilament épais si le fond est abrasif, un plomb suffisamment lourd pour immobiliser le montage et un bas de ligne capable d’encaisser énormément de contraintes.
Sur une vraie pêche dédiée au silure, je préfère clairement surdimensionner. Une tresse autour de 40 à 45/100, une tête de ligne pouvant approcher 70 à 80/100 et un bas de ligne en tresse très forte ou en matériau type Kevlar autour de 75 à 100 kg correspondent davantage à l’esprit de cette pêche.
Le poids du plomb dépendra évidemment du courant. On peut rapidement dépasser les 150 ou 200 g en rivière si l’on veut être certain que le montage reste exactement sur la zone amorcée.
L’hameçon doit surtout être fort de fer et parfaitement piquant. Selon l’esche et la taille des poissons recherchés, on peut partir sur des modèles allant approximativement du 1/0 jusqu’au 5/0.
C’est finalement quelque chose que j’aime bien dans cette technique.
On pourrait croire qu’il suffit de tendre les cannes et d’attendre, mais une bonne pêche au pellet demande plutôt l’inverse. Je surveille les touches, je contrôle régulièrement mes esches, je relance si nécessaire et je recharge progressivement la zone.
Lorsqu’un poisson est pris, quelques pellets supplémentaires peuvent rapidement remettre le poste en activité. Avec plusieurs silures présents sur le secteur, la concurrence alimentaire peut parfois donner des périodes complètement folles avec plusieurs touches rapprochées.
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Thomas Laforet est conseiller technique pêche chez pecheur.business, spécialisé dans la pêche des carnassiers.
Thomas Laforet